Critiques d'art
Les œuvres d'Yvon Prével sont des « cheminements » selon le dire même de leur auteur. L'artiste, dans ses déclarations, est extrêmement implicite. À l'origine il y a eu rupture nous dit-il. Rupture avec une vie de mécanographe et de futur gestionnaire qui ne l'intéressait pas.
Yvon Prével est venu à la peinture par les chemins de la liberté, celle de vivre et surtout de sentir et de s'exprimer à sa guise. Ses premiers pastels reflétaient aussi la sténographie instinctive des premières émotions gestuelles. Peu à peu les lignes de ses pastels se sont rapprochées de leur support concret.
Un voyage dans le sud tunisien a été déterminant sur ce point. La découpe, l'arrondi de l'architecture arabe coïncidaient avec sa vision abstraite du trait. Depuis lors, c'est dans la découpe et le pliage que l'artiste cherchera à rassembler de façon la plus élémentaire et la plus efficiente possible les traits marquants de son langage.
Le monde de Prével est un monde aux contrastes amplifiés, aux nuances exaltées jusqu'à l'apoplexie. C'est un art dur et austère comme l'est celui des lieux qu'il affectionne particulièrement : les rochers du Lubéron, l'Abbaye de Sénanque, les maisons Renaissance de Gordes.
Prével, l'homme des architectures aux cicatrices profondes, poursuit son errance nomadique : à la Provence succède New-York et la bouleversante rigueur du Skyline, de ses ponts et de ses gratte-ciel. Tout ce qui est coupures, balafres, arêtes, écrêtements de la surface correspond chez Prével à une affirmation spontanée de sa sensibilité à fleur de peau.
Et c'est ainsi que l'on voit peu à peu émerger de ces rides cicatrices de la matière, le portrait d'un regard infiniment répété. C'est le portrait du regard de l'artiste et toute cette peinture sobre et retenue dans sa tension n'est, en fin de compte, que la peinture du regard. Et c'est le regard qui fait l'artiste.
Pierre Restany — Yvon Prével : L'éternelle errance du regard, galerie L'Œil dense, 31 décembre 1986
Relief en toile de jute, bois flotté, huile, acrylique
89 × 128 cm
Écrire, décrire, définir, faire voir l'œuvre actuelle d'Yvon Prével, ce solide Breton de 44 ans, ancien élève de l'atelier de mosaïque des Beaux-Arts de Paris, classé sans grande recherche d'élégance parmi les « peintres/matière » (un mot à ne pas retenir !), relève un peu de la gageure.
Une œuvre bizarre — oui, j'ai bien dit « bizarre » —, étrange, surprenante, déroutante, marginale, inclassable quoi qu'on ait pu en dire ; une œuvre dont les « tableaux » ne sont ni tout à fait des peintures ni tout à fait des sculptures, mais des reliefs de toiles épaisses, travaillées, creusées, ourlées, plissées, cassées, chiffonnées, effrangées, colorées de rouges, de bleus, de verts ou de mauves aux tons sourds, nocturnes et graves, voire d'un brun-noir monochrome, le plus souvent soulignées, limitées, encadrées de solides cordes de marine elles aussi colorées.
Toiles torturées, suppliciées, clouées ou marouflées sur de très durs, très lourds contre-plaqués servant à la construction des bateaux. Art paléolithique, art barbare, art primitif, art des Cyclades ou de Mésopotamie, art nègre, art brut, art religieux, reliquaire ou vitrail des premiers siècles de notre ère ?
Mais à quoi bon poursuivre notre devinette alors qu'Yvon Prével a écrit quelque part : « Bien que cela ne soit pas forcément apparent, je travaille toujours à partir de ce que j'ai vu, qu'il s'agisse d'objets, de spectacles, d'édifices ou de paysages. Je recueille des impressions visuelles, à la manière de flashs, que j'essaie de traduire en utilisant de concert la matière et la couleur. »
Il est des œuvres que l'on n'explique pas, car trop pauvres, trop imprécis sont les mots pour traduire les sentiments réels qui nous agitent devant elles. Bornons-nous donc à regarder, bien regarder, bien pénétrer l'ensemble de cette création. Et peu à peu, tout étonnés, nous y découvrirons combien elle peut être imprégnée de fantastique et, plus encore, de magie. Or la magie ne s'explique pas.
Pierre Brisset — Revue L'Œil, galerie L'Œil dense, Paris, fin décembre 1985
Relief en toile de jute, brou de noix
120 × 173 cm
Galeristes
Souvent il m'est arrivé d'entrer dans l'atelier de Prével à l'improviste... On pouvait le trouver en train de travailler en écoutant de la musique, des opéras de préférence. Jamais il ne donnait l'impression qu'on le dérangeait. Il restait dans son univers et finissait tranquillement ce qu'il avait commencé, pas l'œuvre en entier bien sûr, mais l'étape qu'il s'était fixée. Ensuite, il était disponible pour un thé ou un café.
De sa démarche artistique, il parlait peu. Il pouvait dire : j'ai été impressionné par tel paysage de Gordes, ou par un événement qui lui était arrivé : je pense ici à cette explosion à laquelle il avait survécu, par miracle, étant allé au wagon-restaurant juste avant qu'elle ne se produisît ! Il avait assisté, de loin heureusement, à l'anéantissement de ses réserves de peinture. D'un seul coup, sa palette s'éclaircit.
Rien n'était conventionnel dans la famille Prével. Christine, qui gardait du temps libre pour écrire, était la compagne, la complice, et le porte-parole éventuel d'Yvon. Sophie, petite fille curieuse de tout, s'aventurait gaiement dans les ateliers d'artistes du voisinage.
Ce qui m'avait intéressée dans l'œuvre de Prével, c'était son originalité. Là-dessus, nous avions, Christine et moi, le même regard admiratif. Voilà un artiste qui utilisait la toile de jute des PTT, la plissait, lui donnait du volume, et apprivoisait le matériau pour lui faire exprimer ce qu'il voulait. Sur les premières œuvres de cette époque, on pouvait encore nettement voir les initiales de notre poste nationale, que Prével laissait volontairement visibles.
On peut classer (si dans ce cas particulier le mot a une signification !), les œuvres de Prével en trois catégories : le paysage, le visage, la fenêtre. Ces trois thèmes se retrouvent ensemble ou séparés dans les différents aspects de son travail. Le visage est un thème qui revient continuellement tout au long de son œuvre.
Pour le paysage, il travaillait volontiers sur papier. À un moment donné, il n'y avait plus aucun peigne à cheveux dans la maison, Yvon les ayant tous utilisés pour peindre ! Un incendie de forêt, un coucher de soleil, un orage à Gordes, tout lui était prétexte à création. Dans ce domaine, on pourrait aller jusqu'à parler de paysagisme abstrait.
Il disait lui-même : « Avec le relief, j'ai trouvé un moyen d'expression qui me permet de privilégier la forme lorsque c'est celle-ci qui m'a impressionné, ou au contraire de la neutraliser par l'introduction de la couleur lorsque c'est son insertion dans une atmosphère particulière que je cherche à faire apparaître. »
C'est le moment de reparler du regard. Cette fois-ci, il s'agit du regard du spectateur, de VOTRE regard : s'il a été vivant, si vous avez été sensible au cheminement que l'artiste vous a proposé, si vous vous êtes attardé devant une œuvre, vous avez vécu une aventure.
Lie Tugayé — Conférence organisée par les Ateliers de Gordes, cycle « D'André Lhote à Vasarely », 8 juin 2007
Relief collage, acrylique, huile
150 × 100 cm
Par hasard, j'ai vu une œuvre d'Yvon Prével chez une amie à Gordes. Je venais d'ouvrir ma galerie au cœur du village en 1988. Sur un de ses murs, je suis tombé en arrêt devant un petit bas-relief noir et je lui ai demandé alors le nom du créateur.
Quelques semaines plus tard, Yvon entre dans ma galerie et me demande si je connais les artistes des alentours. Je lui réponds que j'ai récemment vu une œuvre d'un Prével qui m'a beaucoup plu. « C'est moi ! » s'est-il aussitôt exclamé. Suite à une si belle rencontre nous sommes très vite devenus amis, et nous organisons une première exposition l'année suivante.
J'appréciais sa peinture très personnelle. Contrairement à beaucoup d'artistes, il ne citait aucune référence pour présenter son travail. Il n'appartenait à aucune école. Son œuvre singulière était inclassable.
J'ai encore un souvenir ému de l'exposition suivante « hommage à Hélène Vallier » où toute sa peinture a adopté des tons blancs. C'est à mon sens l'une des plus belles de sa carrière.
Accueillant, toujours avec bonne humeur et familiarité, même une visite improvisée dans son atelier parisien où il travaillait en écoutant surtout des opéras, ou à Gordes, Yvon Prével parlait relativement peu de sa démarche artistique ; il recevait des convives de toutes origines ; il aimait prendre part aux conversations ; il provoquait et appréciait les rencontres.
Pascal Lainé — Témoignage, juin 2022
Relief collage, acrylique, huile
80 × 123 cm
Écrivains & poètes
Ces peintures, beaucoup d'entre elles, je les ai vues naissantes, dans la lumière de Gordes, posées sur une table de jardin comme sur un établi, couchées comme les pierres du lithographe, blocs et reliefs, sédiments, à peine sèches, buvant encore le soleil et le vent, — je les revois au mur d'une galerie identiques à ce qui s'inventait sous une tonnelle, dans le silence et la lenteur du jour, l'été dernier, mais différentes d'être définitives, levées, réunies avant qu'elles se dispersent : dédiées à l'avenir.
Certaines sont des fonds marins, une grève, où corde et liège, bois, sur le sable, composent, parmi les plis qui les reçoivent, avec ces plis de toile — marquée de quelques lettres imprimées, la toile est parfois celle d'un sac postal hors d'usage —, composent des paysages, ou des rêves, une rêverie de matière : la chose épave, éparse, changée en signe stable, avec un soupçon d'énigme comme sur la vague un rien d'écume ; — le gisement, l'horizontal, devenu stèle, paroi.
Est-ce d'une enfance de Bretagne, d'une jeunesse navale, que vient à Yvon Prével le goût des étendues et des figures de la mer, cette dilection pour la strie et pour l'onde ? Est-ce de tant d'étés dans le Luberon et de soleils que se forment sur le papier ces monts où roche et nuage atténuent leur distance ?
Ce Vaucluse rappelle aussi la Chine et l'Amérique, les nuées traversées, l'océan survolé, des îles imaginaires, le voyage de la vie. La toile se fait terre et ciel, monde. Le monde — ciel, terre, mer — s'est fait peinture. Le peintre se tient au milieu du monde et l'œuvre chante la beauté de vivre et d'aimer.
Claude-Henri Rocquet — Pour Yvon Prével, 1996
Relief en toile de jute, bois flotté, huile, acrylique
89 × 128 cm
Ce que je sais c'est que Prével a peint, dans le calme de son atelier, un arpent de mon jardin secret.
Le val où un dormeur apaisé a déposé ses haillons d'argent. La terre et la mer ; New York en hiver. Gordes sous un soleil de plomb. L'engourdissement d'une après-midi caniculaire.
Le blanc, c'est une respiration. Le regard reprend son souffle, suspendu à la ligne d'horizon. Et si c'était un plongeon dans l'écume glacée ? En Bretagne. Une vague se fracasse sur un rocher.
J'ignore comment ce voyageur immobile concilie le proche et le lointain, l'étrange et le familier, la pierre et le ciel, les homards et le calvados, des amis américains et une parfaite ignorance de l'anglais. Ce que je sais, c'est qu'il y excelle.
Je soupçonne ses toiles d'être l'inscription d'une colère dans laquelle je ne l'ai jamais vu éclater. Ce que je sens, c'est que cette voix silencieuse est une tempête. Qu'on veuille bien laisser cette énigme irrésolue. Pourvu que nous la partagions.
Galith Touati — Historienne
Relief collage, acrylique, huile
38 × 55 cm
Artistes peintres
J'ai fait la connaissance d'Yvon Prével lorsque j'avais 15 ans. J'allais chez lui à Gordes le voir travailler, ça ne le dérangeait pas. Nous discutions de tout en fumant quelques gitanes, je lui montrais mes travaux d'antan inspirés de Modigliani ainsi que mes premiers paysages aux surfaces cernées de noir et moi j'assistais à la naissance d'une nouvelle série. Il m'encourageait à travailler, à ne jamais céder à la facilité et à me méfier de l'autosatisfaction.
Ce fut là que je reçus ma première leçon de peinture, mais aussi une leçon de vie : il suffisait de le regarder faire, ses mains ne montraient aucun signe d'hésitation pour couper, coller, arracher, peindre, recouvrir... Il allait au bout de chaque séance d'atelier, quitte à revenir dessus le lendemain ou bien plus tard lorsque la série avait pris forme.
Peindre chez Yvon ne consistait pas à reproduire les techniques anciennes tout en adoptant les codes contemporains du moment, peindre consistait à s'approcher de l'abîme, du chaos, être libre de sauter ou pas et de recommencer cela sans cesse.
Et c'est en cela que je reçus ma deuxième leçon de peinture et de vie, celle qui transforma l'innocence de mes débuts en expérience de l'innocence. Être libre, c'est se surprendre soi-même au risque d'effrayer l'autre qui peine à nous connaître et à qui on demande de renouveler son effort. Yvon était un électron libre, son véritable succès aura été de chercher sans relâche.
De sa période graphique, en passant par ses bas-reliefs, puis son retour à la peinture, il aura rempli son espace d'expression de la plus belle manière, produisant des expositions monographiques d'une grande rigueur et donnant à voir au spectateur toute l'humanité contenue dans sa grande carcasse.
Rosario Galatioto — Pour mon ami Yvon Prével, juin 2022
Alkyde
23,5 × 34 cm
J'ai rencontré Yvon Prével au début des années quatre-vingt-dix lors des portes ouvertes des ateliers d'artistes du treizième arrondissement. En tant que jeune artiste, j'étais venu de Chine deux ans auparavant et je parlais très mal français, ce qui n'a pas été un frein pour me lier d'amitié avec lui. Nous sommes rapidement devenus de très bons amis et je venais lui rendre visite souvent.
À mon sens, sa peinture se comprend plus facilement si l'on possède une solide culture en art contemporain. En effet, elle s'inscrit parfaitement dans la lignée des Braque, Rouault, Poliakoff, Matisse, de Staël... Mais aussi dans celle des grands coloristes européens comme ceux de la Renaissance en Italie ou des impressionnistes en France. Son travail reflète cette culture de la couleur, il est extraordinairement riche, travaillé, fin et subtil.
Je décèle également un sens aigu de la lumière caractéristique des peintres bretons.
Sa peinture était très personnelle, ce qui a pu l'isoler d'autant plus qu'il ne cherchait pas à plaire. Il avait une ligne de conduite, une sorte de philosophie de travail et il s'y tenait avec obstination. Il travaillait beaucoup.
Pour finir, nous sommes à une époque de consommation où l'œuvre est sommée d'afficher son sens et offrir une jouissance quasi immédiate. La peinture d'Yvon Prével n'est pas de cet ordre et nécessite une certaine patience à laquelle nous ne sommes plus habitués. Elle se révèle plus facilement par une approche sensorielle qu'intellectuelle. Avec le temps, elle nous livre son infinie fraîcheur et montre combien elle reste toujours actuelle.
Bahaï Yang Hui — Témoignage, 2022
Alkyde, acrylique
28 × 31 cm
Yvon Prével nous donne à voir de la peinture, sans doute parce qu'il avait cette clairvoyance d'enfant : c'est avec de la peinture que l'on fait de la peinture. Et c'est à partir de la peinture, en la découvrant et en l'aimant, que certains commencent à vouloir en faire.
Figurative ou pas, ancienne ou moderne, la peinture est une abstraction incarnée dans des matières. La peinture dite « abstraite » a eu le mérite de confirmer clairement cette célèbre pensée de Paul Sérusier : « Se rappeler qu'un tableau, avant que d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plate recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »
Gordes, dans les années cinquante et soixante, était un lieu propice à de telles découvertes, et Yvon Prével a eu le privilège de rencontres fertiles : Jean Deyrolle, Hans Steffens, Vasarely et d'autres artistes de la galerie Denise René l'ont éclairé.
Jean-Max Toubeau — Yvon Prével, août 2022
Alkyde
65 × 54 cm
Amis & collectionneurs
Un peu plus âgé que moi, il était grand, svelte, blond comme un Norvégien et connaissait tous les coins et recoins de Saint-Germain-des-Prés. Il était très communicatif et s'intégra très vite dans ma bande d'amis et famille de Paris. Il fréquentait les Beaux-Arts.
Il avait un culot monstre et connaissait presque tout le monde dans les cafés, bars et restaurants. Ses premiers dessins et croquis étaient de formes géométriques et il travaillait tous les fonds au pastel. N'ayant pas d'atelier, je n'ai pu voir grand-chose à cette période.
Par contre, ce qui m'a sidéré, c'est sa connaissance des peintres des XVe, XVIIe et XVIIIe. Pour gagner sa vie il fit du courtage, ce qui lui permit de connaître de plus en plus de monde et d'arrondir ses fins de mois.
Mai 1968 fut un virage important pour lui. Il rencontra Christine qui devint sa femme et son équilibre.
Yves de Montigny — Pour mon ami Yvon Prével, juin 2022
Années 1970
À partir des années 70, le peintre Yvon Prével passera régulièrement les grandes vacances d'été et les fêtes de fin d'année à Gordes, dans une maison du village, rue de l'Église, achetée vingt ans plus tôt par sa belle-mère. Faisant du jardin son atelier, il rendra les impressions visuelles ressenties dans des œuvres marquantes.
Accueillant, toujours avec bonne humeur et familiarité, même une visite improvisée dans son atelier parisien où il travaillait en écoutant surtout des opéras, ou à Gordes, Yvon Prével parlait relativement peu de sa démarche artistique. C'est sa femme, Christine, sa compagne, sa complice, qui souvent écrivait les textes de présentation des expositions qui aident aujourd'hui à mieux comprendre l'œuvre, ou se faisait éventuellement son porte-parole.
Il s'ouvrait profondément aux autres : à sa table, à laquelle il recevait beaucoup, et où se côtoyaient des convives de toutes origines ; au Cercle républicain de Gordes, où il aimait prendre part aux conversations ; à l'étranger même, où il provoquait et appréciait les rencontres.
Capable de bons conseils à autrui, il n'en tirait guère profit pour lui-même, se montrant par exemple peu habile à assurer la promotion de ses propres œuvres.
Gérard Lebouchet — Gordes, le temps des artistes
Relief collage, acrylique, huile
75 × 110 cm