L'œuvre
Trente ans d'une création remarquablement prolifique, constamment renouvelée à travers quatre périodes et autant de techniques singulières.
Des formes géométriques noires se posent sur un fond chatoyant gris bleuté. Tracés à la règle et autres instruments de mesure pour obtenir précision et netteté. L'encre de Chine ne permet aucune erreur, exclut l'approximatif et la rature. À contrario, le pastel est l'antithèse du liquide indélébile.
De prime abord, le rendu paraît inspiré par les peintres géométriques abstraits. Il aime Malevitch, Mirò, Kandinsky, Klee. Par sa famille et la maison de Gordes, il baigne dans les univers de Vasarely, Deyrolle et Jakobsen.
En 1970, il croque les paysages tunisiens dans ses petits carnets à dessin. Des lignes et des arrondis pour figurer les bâtiments, d'autres pour le chemin, la distance. La quasi exacte transposition en encre et pastel.
« Les couleurs me servent à rendre le climat sensoriel attaché à ces lignes de force. » Yvon PrévelVoir les œuvres de cette période
Sans titre, 1972 · Pastel · 48 × 37 cm
Fin des années soixante-dix, il abandonne les pastels. Saisir les lignes de force ne suffit plus à retranscrire l'essentiel de ce qui est perçu. Il abandonne son costume de bon élève pour ajouter à sa vision très conceptuelle du paysage son ressenti quasi corporel.
Pour traduire cet univers : différentes toiles de jute à la texture plus ou moins rugueuse, des cordes marines, parfois des bois flottés, cloutés ou non. Les reliefs, les creux et les bosses présentent des surfaces dont l'apparence évolue constamment en fonction de la lumière.
Il l'enduit de colle blanche et la travaille comme un boulanger pétrit son pain. Il n'est ni sculpteur, ni peintre au sens traditionnel — il vient de créer un sillon unique en son genre.
« Le monde de Prével est un monde aux contrastes amplifiés, aux nuances exaltées jusqu'à l'apoplexie. C'est un art dur et austère comme l'est celui des lieux qu'il affectionne. » Pierre Restany, critique d'artVoir les œuvres de cette période
Fenestron Gordien, 1982 · Relief, toile de jute, bois flotté · 89 × 128 cm
Il recouvre de noir une surface de couleurs claires et chatoyantes, et, à l'aide des dents d'un peigne, trace des sillons dans la peinture encore fraîche. La luminosité des jaunes et des orangés jaillit de l'obscurité.
En une décennie, les structures de ce qui l'a visuellement marqué cèdent peu à peu la place à des thèmes non figuratifs comme la musique et ses ressentis du moment. C'est le triomphe de la courbe.
Son rapport avec la Chine offre un nouvel angle de lecture. Bien plus que la représentation de ce qui est vu, il retrouve dans la culture chinoise son goût pour saisir la dynamique de l'instant, peindre le temps qui passe, la pluie qui tombe.
« Le jazz et la musique contemporaine m'ont incité à rêver sur le son en tant que tel, à me l'imaginer comme un signe qui éclate ou se fond, qui s'étire ou se ramasse. » Yvon PrévelVoir les œuvres de cette période
Chaleur sur le pont de Brooklyn, 1990 · Alkyde · 47 × 41 cm
À partir de 1995, la maladie grignote peu à peu son autonomie. Paradoxalement, ses tableaux exultent tour à tour liberté, légèreté, joie ou encore sérénité.
C'est l'apparition de la spatule souple : elle applique sur la toile les couleurs éclatantes par une série de petits aplats parfois retravaillés avec le peigne. Le plus souvent, ses peintures sont monochromes à base de bleu cobalt ou de jaune rehaussé de blanc.
C'est comme si être dans un carcan l'avait délivré de toutes contraintes. Il a enfin tourné son regard sur la partie la plus belle et intime de son être. Chaque œuvre est un morceau du puzzle de son portrait.
« La toile se fait terre et ciel, monde. Le monde — ciel, terre, mer — s'est fait peinture. Le peintre se tient au milieu du monde et l'œuvre chante la beauté de vivre et d'aimer. » Claude-Henri RocquetVoir les œuvres de cette période
Sans titre, 2000 · Alkyde · 41 × 27 cm